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chap5

Il y avait, dans les semaines du premier confinement, quelque chose qui ressemblait à une confirmation. Pas une victoire, le mot aurait été obscène dans le contexte, les gens mouraient, les hôpitaux débordaient, et il fallait une forme particulière d'indécence pour trouver quelque satisfaction dans un désastre sanitaire. Mais autre chose, de plus trouble, de plus difficile à nommer : cette sensation étrange, presque coupable, que le réel venait enfin de parler la même langue que nous.

chap4

Ce qui suit tente de nommer ce qui a eu lieu. Mais nommer implique choisir, et choisir implique laisser dans l'ombre ce qu'on ne choisit pas, non par indifférence, mais par l'impossibilité physique de tout tenir dans un seul récit. TomorRode, ce furent des centaines de personnes, des milliers d'heures données, des engagements tenus dans la discrétion la plus totale, des présences qui n'ont jamais demandé à être citées et qui ont pourtant rendu possible tout ce qui le fut.

 fissure dans le mur de l'évidence

Il y a une différence entre dormir et être anesthésié, et cette différence n'est pas rhétorique. Celui qui dort peut se réveiller : il suffit d'un bruit, d'une lumière, d'une main posée sur l'épaule. Le sommeil est une suspension provisoire, naturelle, réversible. Celui qu'on a anesthésié, en revanche, a consenti à ne plus sentir, et ce consentement est la chose la plus difficile à nommer parce qu'il n'a pas eu lieu en une fois, dans un bureau, avec un formulaire signé.