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acte 2 preambule

Jusqu'à présent, j'ai raconté. J'ai déroulé ma traversée, mes prises de conscience, des lieux, des rencontres, des moments de joie et de concrétisation, des moments où le sol s'est dérobé sous des certitudes que je croyais acquises. Le récit avait sa nécessité. On ne pense pas dans le vide. On pense à partir de ce qu'on a vécu, de ce qui nous a traversés, de ce qui a fait craquer en nous les évidences héritées. Mais le récit, à un certain point, atteint sa limite.

chap5

Il y avait, dans les semaines du premier confinement, quelque chose qui ressemblait à une confirmation. Pas une victoire, le mot aurait été obscène dans le contexte, les gens mouraient, les hôpitaux débordaient, et il fallait une forme particulière d'indécence pour trouver quelque satisfaction dans un désastre sanitaire. Mais autre chose, de plus trouble, de plus difficile à nommer : cette sensation étrange, presque coupable, que le réel venait enfin de parler la même langue que nous.

chap4

Ce qui suit tente de nommer ce qui a eu lieu. Mais nommer implique choisir, et choisir implique laisser dans l'ombre ce qu'on ne choisit pas, non par indifférence, mais par l'impossibilité physique de tout tenir dans un seul récit. TomorRode, ce furent des centaines de personnes, des milliers d'heures données, des engagements tenus dans la discrétion la plus totale, des présences qui n'ont jamais demandé à être citées et qui ont pourtant rendu possible tout ce qui le fut.